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Mère Agnès (4). Pourquoi Jacquier s’est-il finalement rendu à Homs?

2012/02/07
Mère Agnès (3). La délégation propagandiste francophone de novembre 2011:

Le 10 décembre 2012, la société de propagande Clap36 mettait en ligne une vidéo “Montage syrien” qui montrait Thierry Meyssan, Mère Agnès-Mariam de la Croix, et Michel Aoun en Syrie lors d’un voyage organisé en novembre pour les médias étrangers. Clap36 qui faisait partie de la délégation invitée par la dictature est une société de Francesco Condemi, ancien de l’émission Arrêt sur images. Employé depuis par le système de désinformation francophone des dictatures, une désinformation véhiculée sur les réseaux d’extrême droites et conspirationnistes en vogue depuis plusieurs années.

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Mère Agnès (4). Pourquoi Jacquier s’est-il finalement rendu à Homs?

Mère Agnès-Mariam de la Croix est aussi la facilitatrice qui a organisé le voyage du groupe de journalistes dont Gilles Jacquier faisait partie lorsqu’il a été tué le 11 janvier 2012 avec au moins six autres personnes. Elle a obtenu les visas pour l’équipe et fait pression pour qu’elle se rende à Homs avec les autres journalistes accrédités. Mais mère Agnès, sous des prétextes fallacieux a refusé de les accompagner alors qu’elle affirmait ailleurs ne pas vouloir « coordonner de loin plusieurs journalistes qui » étaient sous sa responsabilité. La direction de France2 s’étonne de la soudaine disparition des militaires escortant les journalistes au moment de couvrir une petite manifestation pro-régime et l’insistance des organisateurs à monter cette visite à Homs, Gilles Jacquier y étant réticent ainsi que sa rédaction: l’objectif n’était pas Homs, mais Damas. Le programme de la visite a été préalablement établi en accord avec les ministères de l’information et des affaires étrangères syriens. Dès que Gilles Jacquier exprime le souhait de s’en écarter, il est menacé d’expulsion.

La rédaction d’arretsurimages.net publie le 20 janvier ce billet: Mort Jacquier : soirée hommage d’Envoyé Spécial :

[…] Jacquier fait une demande de visa officiel, d’abord sans succès. Puis il entre en contact avec une bonne soeur, Mère Agnès, « facilitatrice », qui a déjà permis à des journalistes belges d’obtenir un visa.

Il s’agit du voyage du mois de novembre 2011 (voir plus haut), le voyage co-organisé par Thierry Meyssan. La vidéo de Clap36 le montre avec Mère Agnès et Michel Aoun.

Il en obtient un par son intermédiaire. Un programme de tournage est élaboré, qui passe notamment par Damas et Homs. Mais Joly et Chenu, avant le départ, lui rappellent que l’objectif n’est pas Homs, mais Damas, pour enquêter sur le régime syrien.

Arrivé à Damas, Jacquier est donc pris en charge par mère Agnes avec le journaliste reporter d’images Christophe Kenck, ainsi que d’autres journalistes étrangers. Sur place, ils constatent que la religieuse qui les accompagne soutient le régime.

Pourquoi Jacquier s’est-il finalement rendu à Homs ? Selon les témoignages de la compagne (photographe, présente sur place) et du JRI de Jacquier, mère Agnes aurait fait pression pour que l’équipe se rende à Homs avec les autres journalistes accrédités. Interrogée à Beyrouth par Envoyé spécial, après la mort de Jacquier, la soeur explique : « Je ne voulais pas coordonner de loin plusieurs journalistes qui sont sous ma responsabilité ». Un élément surprend le goupe : la soeur ne vient pas à Homs avec eux, et explique que c’est dangereux pour elle, qu’elle est fichée, et aussi qu’elle est trop âgée.

Relatant en détail les dernières heures à Homs de Gilles Jacquier, le reportage ne permet de tirer aucune conclusion définitive sur les auteurs des tirs de mortier qui ont tué le journaliste.

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Mère Agnès est considérée par les syriens comme vendue au régime, elle est une proche de Thierry Meyssan et du système de propagande de la dictature.

Le journaliste Christophe Ayad la qualifie de « chabiha médiatique » dans Le Monde du 14 janvier, Une religieuse au service de Bachar Al-Assad:

[…] La direction de la chaîne a déposé plainte. Elle s’étonne des circonstances “ troublantes ” entourant l’attaque, notamment la soudaine disparition des militaires escortant les journalistes au moment de couvrir une petite manifestation pro-régime et l’insistance des organisateurs à monter cette visite à Homs, Gilles Jacquier y étant réticent. Les autorités syriennes ont annoncé la création d’une commission d’enquête sur cette “attaque terroriste ”.Ce drame a mis indirectement en lumière le rôle joué par la religieuse Agnès-Marie de la Croix […] Depuis plusieurs mois, elle multiplie sur des sites chrétiens mais aussi sur le réseau Voltaire de Thierry Meyssan, tribunes et entretiens en faveur du régime de Bachar Al-Assad, auprès duquel elle semble avoir ses entrées. Jointe par Le Monde, elle dit ne pas faire de politique mais affiche son soutien au président syrien sur sa page Facebook […]

UNE “CHABIHA MÉDIATIQUE”

Pour un diplomate en poste à Damas, la religieuse est une “ chabiha médiatique ”, une milicienne à la solde du régime. En novembre 2011, elle organise un premier voyage pour la presse catholique, ainsi que La Libre Belgique et la télévision belge francophone, emmenée à Homs, dans les quartiers tenus par l’armée. Début janvier, alors que Damas lance une opération de communication en parallèle à la mission d’observation de la Ligue arabe, la religieuse obtient une dizaine de visas, notamment pour l’équipe de France 2, venue pour un sujet sur les pro-Assad.

Un programme de la visite des journalistes a été préalablement établi en accord avec les ministères de l’information et des affaires étrangères syriens. Dès que Gilles Jacquier exprime le souhait de s’en écarter, il est menacé d’expulsion.

Son séjour, à partir du 7 janvier, ne se passe pas bien [… Caroline Poiron] « Nous étions soumis en permanence à une propagande très subtile. ”

“ Les journalistes étaient libres, répond la religieuse. Je n’ai rien organisé, j’ai juste fait l’intermédiaire. On rend service et, ensuite, vous vous faites poignarder dans le dos. Ce n’est pas correct. ” Une formule pour le moins mal venue.

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Le journaliste Khaled Asmar depuis Beyrouth notait dès le 7 mai 2011, que Mère Agnès:

[…] tente d’amplifier la peur des Chrétiens, au service du régime. Or, il est légitime de s’interroger si la religieuse, placée sous la protection des autorités, a-t-elle la liberté d’expression pour rédiger un tel texte ? Depuis son monastère, est-elle réellement au fait que les opposants sont armés et financés par les Wahhabites ? Ou croit-elle la thèse du pouvoir ? Car, jusque-là, seuls les miliciens du régime sont armés et sévissent contre les populations. De ce fait, ne peut-on pas conclure que la religieuse est exclusivement au service du régime et de sa propagande ? Peut-elle refuser d’écrire de tels propos alors qu’elle est de facto la protégée du régime ? Si la religieuse carmélite et le Réseau Voltaire proche de Damas, de Téhéran et du Hezbollah, et dont la sincérité peut être mise en doute, sont au service de Damas […] »

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Le 1er octobre 2011, un texte de Mère Agnès était publié sur le site pro-dictatures legrandsoir.info, elle attaquait la journaliste Sofia Amara qui dévoilait dans une interview au magazine Lavie une bande annonce du reportage qu’elle avait réalisé clandestinement en Syrie au mois d’aout, où elle avait suivi au quotidien le travail des comités de coordination de la révolution. Ce documentaire était programmé sur Arte le 11 octobre 2011, soit dix jours après la parution du texte de Mère Agnès dans le journal de propagande. Mère Agnès cite aussi le témoignage d’un prêtre anonyme surnommé « le curé imaginaire de Homs » par le site mediarabe.info, où Bernard K. notait le 30 septembre:

Après les “égarements” du Patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, Bechara Raï, comment s’étonner encore des mensonges des curés et des bonnes sœurs ?

[…] De ce fait, si menace il y a sur les minorités, et spécifiquement sur les minorités chrétiennes, elles seraient alors l’œuvre même des dirigeants de ces minorités. Ils continuent à protéger le dictateur et se mettent en rupture avec le peuple qui, selon la loi de la nature, aura le dernier mot […]

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Ce curé entretient la rumeur de conflits communautaristes, et prétend être victime d’un gang terroriste, pilleur d’église, salafiste qui enlève et viole les jeunes chrétiennes innocentes.

Les arguments avancés par Mère Agnès-Mariam de la Croix dans sa propagande sont bien trop radicaux et provocateurs pour être simplement considérés comme étant « sous surveillance du régime », ou naïfs. Sa complicité est flagrante, le terme « chabiha » veut dire mercenaire.

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