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«Il nous faut des armes», le cri de désespoir de l’Armée syrienne libre

2012/04/17

SYRIE-Idleb: défection spectaculaire de l’Armée Syrienne SOUS-TITRES FRANCAIS

Le capitaine Hajj Mouhammad Hassan de la 3ème division annonce la formation dans la banlieue d’Idleb, de la brigade Al-Tahrir de l’Armée Syrienne Libre:

[…] Dans le but de vaincre les gangs d’Assad et protéger les manifestants pacifiques, et pour atteindre les objectifs de notre révolution.

Vive la Syrie libre et digne.

Et victoire à notre révolution […]

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Publiée le 11 avril 2012 par

Défection de combattants à Idleb pour rejoindre l’Armée Syrienne Libre Cliquez sur CC pour l’affichage des sous-titres

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Le 14 avril, le cargo allemand « The Atlantic cruiser » était stoppé en Méditerranée. Des transfuges syriens avaient dénoncé une tentative de livraison d’armes iraniennes au régime d’al-Assad. Le navire avait quitté Port Saïd en Egypte pour la destination de Tartous en Syrie:

[…] Un cargo allemand avec des armes iraniennes à destination du régime syrien a été stoppé à 80 kms au large du port syrien Tartus, affirme aujourd’hui l’hebdomadaire allemand Der Spiegel sur son site internet […]

Le cargo avait été loué à la firme ukrainienne White Wale Shipping à Odessa. L’ONU enquête sur des transferts d’armes de l’Iran vers la Syrie qui ont été opérés ces derniers mois en violation des sanctions internationales contre Téhéran. La résolution 1747 du 24 mars 2007 instaure notamment un embargo sur les achats d’armes iraniennes.

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Par Rania Abouzeid, Traduit par Felix de Montety. Slate.fr le 17 avril 2012:

«Il nous faut des armes», le cri de désespoir de l’Armée syrienne libre

Pour obtenir chaque boîte de balles qu’ils font passer de l’autre côté de la frontière pour combattre Bachar al-Assad, les rebelles syriens sont obligés de négocier pendant des heures. Et leur frustration commence à se voir.

Dans la fraîcheur d’une pièce vide d’Antioche, une ville du sud de la Turquie, «Fouad», un Syrien maigre comme un clou, qui a l’air d’avoir dix ans de plus que ses 25, se penche en avant. «J’ai besoin de munitions», dit-il à Abu Mohammad, un marchand d’armes turc râblé. «Je payerai 5,50.» Il évoque le prix en livres turques, équivalent à 3 dollars par balle.

Abu Mohammad sourit, l’air satisfait. Il place avec attention sa tasse de café sur la petite table qui se trouve devant lui. «Elles sont à 7 l’unité», dit-il. «Si tu en trouves à 5,50, je te les achète.» Fouad remue la tête, aspire une nouvelle bouffée de cigarette, et cède lentement sur le prix, après s’être plaint qu’une balle il y a encore un mois ne coûtait que 3 livres. «Et les armes? On m’a dit qu’il y a un stock de 4000 balles et des tas d’armes, mais qu’elles sont proches d’un village alaouite (dans le sud de la Turquie).»

Difficulté d’acheter clandestinement des armes

Abu Mohammad confirme l’information, mais dit qu’il va être difficile d’acheter clandestinement des armes dans les surplus militaires turcs. Et encore plus difficile de les transporter en dehors du village, qui est habité par des coreligionnaires, sympathisants supposés du président syrien Bachar el-Assad.

«Tu sais, je n’ai rien contre toi», dit Abu Mohammad. «Je suis sunnite aussi, je veux juste t’aider.» Fouad esquisse à son tour un rictus. Le commerçant turc sort son téléphone de sa veste en cuir et appelle un de ses associés, passant de l’arabe au turc. Après quelques minutes, son téléphone retourne dans sa poche. «Je te trouverai ce dont tu as besoin», affirme-t-il à Fouad. «Mais tu sais, c’est beaucoup de travail.»

«Ne t’inquiète pas, tu seras payé pour ta peine», dit Fouad, en se tournant vers un syrien aux cheveux blancs également présent dans la pièce. «Ces Turcs, dit-il dédaigneux, ils parlent beaucoup, n’est-ce pas? Depuis Erdogan (le Premier ministre turc) jusqu’en bas, tous, ils parlent, ils parlent, ils parlent, mais pour le moment, ils ne font que parler. Si Dieu le veut, celui-là est différent.»

Le marché noir s’est asséché

Abu Mohammad ne relève pas la pique. C’est un marché de gros, et peu d’options se présentent aux contrebandiers professionnels comme Fouad. Un civil qui fournit des armes aux bandes informes de rebelles syriens de l’Armée syrienne libre (ASL), qui opèrent de l’autre côté de la frontière, dans la province d’Idlib. «C’est comme si le marché noir s’était asséché, remarque le contrebandier, après la brève rencontre. Au Moyen-Orient! Vous y croyez?»

Un point de vue largement partagé aussi bien par les déserteurs, les marchands d’armes et les réfugiés, le long de la frontière turco-syrienne. Pendant des mois, les opposants d’Assad ont acheté des armes au marché noir dans les pays limitrophes de leur État en ébullition: en Turquie, au Liban, en Irak, en Jordanie, et même en Syrie. Principalement auprès de membres du régime corrompu ou de sympathisants militaires restés parmi les loyalistes. Mais cela devient de plus en plus difficile. L’argent ne semble pas être le principal problème, c’est de trouver des stocks qui l’est.

Aucune décision occidentale

La communauté internationale débat depuis plusieurs mois s’il faut ou non armer l’Armée syrienne libre. Une bande informe de déserteurs et de thuwars (combattants révolutionnaires) civils. Juste avant la réunion le 1er avril des «Amis de la Syrie», un groupe de pays soutenant les forces anti-Assad, les États-Unis et la Turquie se sont entendus pour mettre en place une structure destinée à permettre le transfert de matériel non-létale aux rebelles. Mais cette aide, tout comme la conversation avec le marchand d’armes turc, tient, pour le moment, plus du discours que de l’action.

Les monarchies du Golfe, les ennemies les plus constantes d’Assad, n’ont pas non plus ouvert leurs armureries aux rebelles. Fin février, le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Saud al-Faisal a nourri les espoirs de l’Armée syrienne libre en déclarant qu’armer les opposant d’al-Assad était «une excellente idée». Cependant, plus d’un mois plus tard, les aides saoudiennes ne sont toujours pas parvenues sur le front.

Les débats internationaux reflètent la profonde fragmentation de l’opposition syrienne. Le Conseil national syrien (CNS), le représentant politique des forces anti-Assad, a longtemps offert aux rebelles un soutien timide et tardif, mais il a récemment changé de ton pour ouvertement réclamer des armes. La plupart des unités de l’Armée syrienne libre opèrent avec peu de coordination et de direction de la part du colonel Riad al-Asaad, chef des rebelles, et de ses officiers. Tous enfermés dans un camp de réfugiés inaccessible aux journalistes dans le sud de la Turquie.

Colère contre l’opposition exilée en Turquie

Et pourtant, la colère et le ressentiment de nombreux activistes et de combattants sur le terrain sont dirigés contre les soi-disant chefs de l’opposition, tous en exil. L’importance de cette colère a sans doute été la mieux exprimée dans une courte vidéo dans laquelle un groupe d’hommes en civil se tient devant un olivier, portant des écharpes pour ne pas révéler leurs identités. Cette séquence ne prétend pas montrer des membres de l’Armée syrienne libre, mais aucun des neuf hommes qu’on y voit ne porte une arme. Quant à leur porte-parole, il déclare:

«Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Nous, les hommes libres d’Idlib, annonçons la formation de la  brigade de ceux qui veulent des armes. Nous n’avons pas d’armes. Nous demandons au Conseil national et au commandant de l’Armée libre de tenir leurs promesses et d’arrêter de promettre monts et merveilles aux révolutionnaires sur le terrain sans leur envoyer des armes, parce que vos promesses nous tuent.»

Le colonel Ahmad Hijazi, le chef d’État major de l’Armée syrienne libre, dit qu’il peut comprendre ce ressentiment. «Je ne les blâme pas, dit il. Les gens sont en colère et ils dirigent leur frustration contre nous. Mais que pouvons-nous faire? (…) Les gouvernements étrangers doivent soutenir l’Armée libre.»

En l’absence d’une telle aide, les déserteurs de l’armée syrienne ne font qu’attendre. Le camp qui abrite les officiers de l’ASL ressemble à tous ceux que la Turquie a mis en place pour les milliers de civils qui ont fui la Syrie. Des rangées de tentes blanches sont soigneusement alignées le long de gravier blanc. Mais à la différence des autres, le camp des officiers est isolé des villes et villages voisins. Il se situe au cœur d’une plaine agricole fertile à Apaydin, à 19 km d’Antioche.

Manque d’influence du commandement de l’Armée syrienne libre

Des soldats turcs montent la garde à l’entrée du camp, comme ils le font à l’entrée d’autres camps de réfugiés, vérifiant les papiers de quiconque souhaite entrer. Les coupures d’électricité sont communes ici, rendant les communications par internet impossible pendant plusieurs heures. L’Armée syrienne libre a beau prétendre diriger depuis le camp «un centre de commande et de contrôle» de l’effort militaire anti-Assad, il est incertain qu’il soit possible de contrôler quoi que ce soit dans ces conditions. Ses détracteurs, comme la «brigade de ceux qui veulent des armes», disent qu’elle n’a pas proposé grande chose aux hommes qui combattent et meurent en son nom en Syrie.

Comment ses commandants justifient-ils leur manque apparent d’influence sur le terrain? Dans une des nombreuses tentes identiques du camp des officiers, Hijazi remue, mal à l’aise, sur sa chaise de plastique. Il n’aime pas cette question. Son camarade officier le commandant Maher Nuami, qui est assis sur le seul lit de la tente, non plus… «C’est un sujet sensible», dit finalement Hijazi. Ils ne diront pas si l’Armée syrienne libre a envoyé des émissaires en Arabie saoudite, au Qatar ou en Libye, laquelle a récemment promis cent millions de dollars à l’opposition syrienne, mais insistent sur le fait qu’ils n’ont reçu aucune aide sur le terrain de la part de ces États.

L’occident craint l’explosion de la poudrière

Il y a de nombreuses raisons aux réticences arabes et occidentales. La Syrie se tient sur à peu près toutes les lignes de fracture qui traversent le Moyen-Orient. C’est un chaudron multi-religieux, multi-ethniques, à la frontière d’États arabes qui sont des poudrières, ainsi que d’Israël.

Les officiers comprennent les difficultés géopolitiques, et les inquiétudes concernant l’après Assad et font leurs propres -terrifiantes- prédictions. Selon le commandant Nuami, si la communauté internationale ne les arme pas et ne leur fournit pas de soutien logistique, «tout» ce que le monde s’inquiète de voir arriver, arrivera. «Nous savons de quoi ils ont peur, dit-il. Ils s’inquiètent à propos de la frontière avec Israël et craignent un massacre d’alaouites.» «Les gens trouveront des armes, d’une façon ou d’une autre, donc aidez nous», continue-t-il.

«Si vous nous donnez des armes, nous saurons les contrôler. Nous voulons la chute du régime, pas celle de l’État. Si la communauté internationale nous aide, nous les aiderons. Si elle ne le fait pas, notre peuple ne peut rien garantir.»

L’important, trouver des armes

Hijazi dit que l’Armée syrienne libre reçoit des dons, principalement de particuliers, et les distribue aux officiers sur le terrain, mais que cela n’est pas du tout suffisant. «C’est comme si vous aviez soif et que l’on vous donnait le contenu d’un bouchon d’eau.» L’argent va à des hommes comme le capitaine Alaaeddine, commandant de la brigade de Salahedine al-Ayoubi, qui opère dans la ville de Jisr al-Choughour au nord du pays, à la frontière avec la Turquie. Le capitaine, un homme de trente ans, a déserté il y a presque un an en quittant Damas, où il était stationné, pour venir défendre ses amis et sa famille. Le commandement de l’Armée syrienne libre lui a récemment confié, à lui et à trois autres officiers d’autres unités, 22.000 dollars à se partager.

L’argent est allé en partie vers une commande d’armes et de munitions de 90.000 dollars qu’un intermédiaire turc, «Mehmet», essaie d’obtenir pour le capitaine. Alaaeddine ne veut pas révéler la source du reste des fonds. «Nous avons nos réseaux», est tout ce qu’il accepte de dire. Il raconte aussi qu’il ne connait pas l’origine des armes qu’il achète.

«C’est dur de voir nos hommes sans munition»

Lors d’une soirée du milieu du mois de mars, Alaaeddine, son adjoint le sergent Ahmad Mokbat et Mehmet, un contrebandier professionnel, se réunissent dans une maison sûre à Antioche autour d’un dîner, afin de discuter des derniers détails avant que Mehmet ne parte accomplir sa mission. Les deux déserteurs syriens ont traversé la frontière quelques jours plus tôt pour finaliser la transaction. La première de cette ampleur qu’ils aient tenté de mettre en place. «Nous sommes comme face à un puits sans eau, déclare Mokbat, maussade. C’est dur de voir nos hommes sans munition. C’est très dur.»

«Il y a toujours les lance-pierres», plaisanta Mehmet dans une tentative vaine de réduire la tension ambiante. Son téléphone sonne à la fin du dîner, il est temps qu’il parte. Mokbat sort une grosse liasse de billets, la dernière de l’acompte, de sa veste en cuir et un pistolet de l’arrière de son pantalon. Mehmet prend l’argent, mais refuse l’arme. «Pourvu que tu réussisses, si Dieu le veut», dit Alaaeddine tandis que Mehmet ferme la porte derrière lui.

Les loyalistes face à l’opposition

Le besoin de réserves se fait pressant. Ce matin, à cinq heures, des troupes fidèles au régime syrien se sont attaquées aux hommes d’Alaaeddine. A Jannoudiye, sa ville natale, un hameau du nord de la Syrie, à peine à dix kilomètres de la frontière turque. Le capitaine dit qu’il va appeler les chefs d’autres unités de rebelles plus importantes des environs, à Idlib et al-Zawiya, pour «commencer quelque chose» et attirer l’attention des forces de sécurité dans une tentative désespérée de soustraire une partie de la pression qui pèse sur son petit groupe d’hommes mal équipés.

Cela n’a pas ralenti les loyalistes. Alaaeddine passe la majorité de la soirée au téléphone, recevant des nouvelles de ses hommes. Les nouvelles ne sont pas bonnes. À neuf heures du soir, les rebelles battent en retraite et sont presque à court de munitions. Il dit que des civils sont utilisés comme boucliers humains par les soldats fidèles à Assad, lesquels les font marcher devant les chars (une information confirmée par Human Rights Watch). Des familles entières, dont certaines parentes du capitaine, ont fui vers les collines, où elles passent une nuit dans le froid. «Jannoudiye est tombée», dit Alaaeddine, en manipulant un chapelet rouge.

«Ne perds pas espoir, mon frère» dit Mokbat, mais lui aussi devient lugubre. Deux appels à Mehmet ne reçoivent aucune réponse. Mokbat s’interroge:

«Je ne comprends pas. Où sont les moudjahidine? Cela me surprend beaucoup. Pourquoi nos frères arabes, chrétiens et musulmans, restent-ils silencieux?»

Selon les officiers de l’Armée syrienne libre, la prétendue présence de combattants étrangers en Syrie, confirmée par le régime Assad, est extrêmement exagérée. Un libyen isolé aurait été volontaire pour combattre avec leur unité récemment, mais serait reparti après quelques jours. Mokbat se souvient:

«Il a dit: « vous êtes fous, c’est du suicide, vous n’avez pas d’armes ». Il avait raison. J’aimerais que la révolution revienne en arrière, c’était mieux avant. On tirait en l’air, on ne se préoccupait pas des munitions. Maintenant on doit bien réfléchir avant d’utiliser la moindre balle.»

Retour bredouille

Cinq heures plus tard, Mehmet n’est toujours pas de retour. Il ne reviendra qu’une semaine plus tard, les mains vides [… Lire la suite sur slate.fr]

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