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La lumière gênante de la vérité

2012/03/06

Publications du 05/03/2012:

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English Speakers to Help The Syrian Revolution

Regret deeply to tell you that activist Mu’taz Qasdeer of Jableh was martyred under torture in the Political Security Branch where he was detained for five months ……..so sorry…. Rest in Peace …and thank you for your services to Freedom that resulted in such long suffering in detention…. not forgotten…

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Afrique magazine, Par Ammar ABD RABBO  Photojournaliste franco- syrien, fondateur de l’agence de presse Balkis Press

La lumière gênante de la vérité

Ammar Abd RabboDEPUIS LE DÉBUT DU PRINTEMPS ARABE, j’ai perdu six amis, journalistes, avec lesquels j’ai autant travaillé que ri, partagé des infos, des angoisses, mais aussi des verres, des joies : Lucas Dolega, tué le 17 janvier 2011 à Tunis par un tir de grenade, Chris Hondros, mort le 20 avril après un bombardement à Misrata, en Libye, et, dans les mêmes circonstances, Gilles Jacquier, à Homs, en Syrie, le 11 janvier dernier… Décédé des suites d’une crise d’asthme en entrant clandestinement dans ce même pays le 16 février dernier, il y eut aussi Anthony Shadid, Prix Pulitzer, et, encore sous des éclats d’obus, à Homs le 22 février, Marie Colvin et Rémi Ochlik…

Certes, aux côtés de ces victimes très médiatisées, il y a aussi les blogueurs, les « cyberjournalistes », comme Mazhar Tayyara, connu sous le nom d’Omar le Syrien, ou Rami al-Sayed, tués tous deux en février également, ou encore avant eux, à Benghazi, épicentre de l’insurrection libyenne, Mohamed Nabbous, abattu par un sniper en mars 2011. Et il y a tous les autres, dont on ne connaît ni le nom ni le visage, qui ont décidé d’utiliser les nouvelles technologies, le Web 2.0, pour envoyer leurs photos et vidéos au monde entier et témoigner de ce qui se passe à leur porte, dans l’espace que les dictatures tentent d’interdire aux journalistes.

Sur certaines images, on réalise vite le danger quand on entend distinctement les représentants des régimes donner des ordres pour « ne laisser personne filmer » ou incitant à se « concentrer sur ceux qui filment »… Sans doute la preuve que ces milliers de « journalistes citoyens » ont vite appris à remplacer les grands reporters en rendant compte eux-mêmes de la répression, des tortures, des morts… Si les pouvoirs en place s’en méfient tant aujourd’hui, c’est bien parce que ces images, plus que jamais, les font trembler! Car elles démontent et démentent les discours officiels, les rumeurs lancées par les régimes, en même temps qu’elles humanisent les mouvements révolutionnaires, mettent des visages et des noms sur les victimes de la répression… Ces milliers de témoignages (plus de 30000 vidéos pour la seule Syrie sur YouTube) documentent enfin les violences policières, les tirs des snipers, l’utilisation d’armes lourdes, la présence de mercenaires étrangers… Les journalistes professionnels, quant à eux, n’ont pas vraiment le choix.

Soit ils sont embedded (ou « embarqués », littéralement « dans le même lit ») avec les forces de sécurité, soit ils sont avec les rebelles, prenant le risque d’être pris pour des insurgés et de mettre en jeu ce qu’ils ont de plus précieux – leur vie – alors qu’ils sont les yeux et les oreilles de la planète. Nul doute que ces sociétés qui prônent la cécité (et la surdité) préfèrent le confort d’une obscurité complice à la lumière gênante de la vérité! Le monde de l’art n’est pas épargné par ces débats. Au mois de février, l’un des artistes syriens en vue, Tammam Azzam, profondément choqué par ce qui se passe dans son pays, a décidé d’en peindre une carte couleur rouge sang. Une œuvre simple, puissante, politique, suscitant l’ire des éditorialistes à Damas, prompts à dénoncer son auteur comme un traître, un agent de l’étranger prêt à salir le symbole national…

C’est en lisant leurs mots que j’ai réalisé l’incroyable propagande des dictatures arabes : parvenir à convaincre un grand nombre que celui qui dénonce le crime est bien plus coupable que celui qui le commet.

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A cette liste on peut ajouter Tim Hetherington, tué avec Chris Hondros à Misrata par un tir de mortier.

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