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Témoignage exclusif de Zabadani : « Comment nous avons fait reculer l’armée de Bachar al-Assad »

2012/01/21

France24, observateur. Mohammad Ali et Ségolène Malterre. 20/01/2012 / SYRIE

Témoignage exclusif de Zabadani : « Comment nous avons fait reculer l’armée de Bachar al-Assad »

Après plus d’une semaine de combats, les chars de l’armée régulière syrienne se sont retirés jeudi de la petite ville de Zabadani située à la frontière syro-libanaise. Sur place notre Observateur explique que des soldats déserteurs sous équipés sont parvenus à repousser les tanks de l’armée régulière, mais qu’ils ne pourront pas tenir longtemps leurs positions.

Zabadani est une ville de villégiature située à près de 1 200 mètres d’altitude et à 45 km à l’ouest de Damas, la capitale. Depuis plus d’une semaine, la ville était le terrain d’affrontements meurtriers entre l’armée régulière et les déserteurs qui s’y étaient réfugiés, certains depuis plusieurs mois.

Contre toute attente, jeudi soir, des militants ont annoncé que les chars de l’armée syrienne, ainsi que les véhicules blindés des soldats battaient en retraite et regagnaient les casernes situées à une petite dizaine de kilomètres de la ville. Seuls quelques points de contrôle seraient maintenus par l’armée régulière autour de Zabadani. Il s’agit du premier recul de l’armée syrienne depuis le début de la contestation en mars 2011. Les activistes en parlent aujourd’hui comme de la « première ville libre de Syrie« .

Sur ces images postées le 19 janvier sur YouTube, les forces de Bachar al-Assad quittent la ville de Zabadani.

Contributeurs Mohammad Ali.

« Notre force, c’est que les soldats déserteurs sont prêts à mourir pour défendre leur cause »

Mohammad Ali est un des fondateurs du comité révolutionnaire syrien de Zabadani. Nous l’avons contacté alors qu’il manifestait dans le centre ville pour fêter le départ des troupes.

Ces dix derniers jours la ville a été le terrain de combats extrêmement violents. Plusieurs quartiers ont été bombardés. Certains ont dit que le retrait des troupes s’était fait au terme d’un accord entre les deux armées mais ce n’est pas le cas. C’est la force et la résistance de nos combattants et des soldats déserteurs qui a fait reculer les chars de l’armée régulière.

Les soldats déserteurs sont arrivés par petits groupes, essentiellement sur les deux derniers mois. Ils ont choisi Zabadani parce qu’ils savent qu’ici quasiment tous les habitants ont une arme et que par conséquent la ville était plus à même de se défendre en cas d’attaque. Les armes sont nombreuses parce que nous sommes à quelques kilomètres de la frontière libanaise et beaucoup ont été acheminées pendant la guerre israélo-libanaise de 2006. Et comme c’est une frontière, c’est aussi un point de passage de trafic en tout genre. Mais nous ne disposons au final que d’AK47 et de pistolets.

L’autre raison qui a permis à nos soldats de faire reculer l’armée régulière, c’est que nous sommes dans une zone montagneuse, avec de nombreuses forêts. Deraa, à l’inverse, est une ville beaucoup plus facile d’accès pour les forces militaires. Alors qu’ici, les soldats déserteurs peuvent se cacher aux abords de la ville puis préparer leur contre attaque. Nous, nous savons où ils sont et nous les ravitaillons régulièrement en nourriture et en vêtements.

 » Sans une aide internationale, nous ne pourrons tenir tête longtemps aux chars d’Assad »

Nous n’avons pas de mitrailleuses, ni de tanks mais les déserteurs sont tous prêts à mourir pour défendre leur cause. Alors qu’en face, de nombreux éléments de l’armée régulière continuent de se battre parce qu’ils savent que s’ils font défection, l’armée se vengera sur leur famille, mais ils n’ont pas la même détermination que ceux qui se battent pour la liberté.

Pour autant, nous ne ferons pas le poids très longtemps, peut-être une semaine encore, mais pas beaucoup plus. Les soldats de Bachar al-Assad ne sont pas loin d’ici. S’ils attaquent à nouveau nous serons vite à cours de munitions et ils finiront par prendre le contrôle de la ville.

Si une zone d’exclusion aérienne était votée par la communauté internationale, cela permettrait à une partie des soldats de l’armée régulière de faire défection et de nous rejoindre. Aujourd’hui, beaucoup ont envie de le faire mais s’ils nous rejoignent à Zabadani, ils savent que l’armée régulière se mettra à bombarder la ville. Une aide internationale est donc aujourd’hui notre seul espoir. »

Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

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Voir aussi la Syrie : l’Armée libre en appelle à l’ONU, la carte des zones libérées par l’Armée Syrienne Libre au 17 janvier, et la 4ème division de Maher Al Assad prépare une vaste offensive contre Al Zabadani et Rankouz.

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