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La blogosphère égyptienne visée par les autorités militaires

2011/10/31
RFI
Egypte/Internet –
Article publié le : dimanche 30 octobre 2011 – Dernière modification le : dimanche 30 octobre 2011

La blogosphère égyptienne visée par les autorités militaires

Alaa Abd El-Fatah, le blogueur égyptien accusé par l'armée de vandalisme et d’incitation à la violence.

Alaa Abd El-Fatah, le blogueur égyptien accusé par l’armée de vandalisme et d’incitation à la violence.

(Source : Wikipédia)

Le vent de liberté qui avait soufflé place Tahrir au Caire début 2011 s’est transformé en vague répressive, éloignant la population égyptienne de ses rêves démocratiques. Depuis quelques semaines, nombreux sont les blogueurs ou utilisateurs des réseaux sociaux à être jugés devant des tribunaux militaires. Ce samedi 30 octobre, un cyber-activiste a été placé en détention provisoire pour 15 jours par le Parquet militaire pour incitation à la violence lors de la manifestation du 9 octobre, un rassemblement durement réprimé et au cours duquel 25 manifestants ont été tués.

Alaa Abd el-Fattah est accusé de vandalisme et d’incitation à la violence lors de la manifestation de Coptes, le 9 octobre 2011. Ceux-ci protestaient contre l’incendie d’une église. La manifestation a très vite dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. Des participants ont expliqué avoir été visés pas des tirs de soldats et de nombreuses victimes, écrasées par des véhicules blindés. L’armée nie ces accusations.

Alaa Abd el-Fattah – alias @alaa sur Twitter – a refusé d’être interrogé par le Parquet militaire en raison du rôle joué par l’armée dans la manifestation. Et c’est ce qui expliquerait sa mise en détention provisoire. Bahaa Saber, un autre militant sur le web est également accusé d’incitation à la violence. Tous deux avaient déjà été arrêtés en 2006 pour des critiques formulées sur le net envers Hosni Moubarak. L’avocat Gamal Eid a tweeté les charges retenues contre eux. Et les réactions sur les réseaux sociaux ne se sont pas fait attendre (→Voir article sur Global Voices).

Alexandre Buccianti, correspondant de RFI au Caire

La mise en garde à vue de Alaa Abd el-Fattah par le parquet militaire est considérée par de nombreux activistes comme une nouvelle démonstration de la volonté de l’armée de museler l’opposition qui réclame la remise du pouvoir aux civils.

30/10/2011 par RFI

Le cas de Maikel Nabil Sanad

Le 1er novembre, Maikel Nabil Sanad, un autre blogueur devrait être à nouveau jugé par un tribunal militaire. Sa situation inquiète beaucoup puisque depuis le mois d’août, il a entrepris une grève de la faim. En avril, il avait été condamné pour « insultes à l’institution militaire et publication de fausses nouvelles » et « troubles à l’ordre public » suite à la publication d’un article sur son blog dans lequel il accusait l’armée de ne pas être aux côtés de la population.

En avril, il fut le premier blogueur jugé par un tribunal militaire. De nombreux civils se trouvent également dans cette même situation. Le Parlement européen s’est récemment dit « très préoccupé »  par le sort de Maikel Nabil Sanad, très affaibli depuis le début de sa grève de la faim et prêt à aller jusqu’au bout. Dans une résolution adoptée à Strasbourg, l’instance européenne a demandé aux autorités égyptiennes de « mettre immédiatement un terme à la tenue de procès civils devant des tribunaux militaires » qui violent les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion.

Les réseaux sociaux, nerfs de la «guerre»

La liberté d’expression a envahi la Toile via les réseaux sociaux et les autorités ne savent manifestement pas comment gérer la réactivité et l’immédiateté de ces nouveaux moyens d’expression. Ayman Youssef Mansour a été condamné le 22 octobre dernier à trois ans de prison assortis de travaux forcés pour insultes blasphématoires envers l’islam, des propos qu’il avait tenus sur Facebook. En Egypte, la loi interdit les insultes à la religion.

Pour l’organisation Human Rights Watch (HRW), cette condamnation est une « nouvelle violation de la liberté d’expression » et elle glace le débat politique autour du rôle de la religion dans l’Etat, à la veille des élections législatives qui devraient avoir lieu le 28 novembre. Vidéos et articles vont bon train sur le net. Une activiste sur Twitter, Gigi Ibrahim (voir l’article sur Slate Afrique), qui filmait début octobre une discussion entre un colonel et un conducteur de bus lors d’une grève des transports au Caire, a passé trois heures en détention. On lui intima d’effacer la vidéo prise lors de cette vive discussion.

Une mobilisation grandissante contre le pouvoir militaire

Beaucoup dénoncent cette transition politique de l’Egypte menée par le Conseil suprême des forces armées. Le pouvoir militaire ne fait plus peur aux Egyptiens, comme le prouve le geste d’Alaa Abd el-Fattah ce dimanche 30 octobre, refusant d’être interrogé par l’armée. Vendredi 28 octobre, des heurts avaient encore une fois opposé des civils contre l’armée lors d’une procession funéraire. Essam Ali Atta Ali, condamné à deux ans de prison par la justice militaire le 25 février, est décédé il y a quelques jours lors de sa détention, victime de tortures selon certains, victime d’ un poison qu’il aurait ingurgité, selon l’armée. Le cortège funéraire a scandé : « Que l’armée aille se faire foutre ». Selon la blogueuse Shahinaz Abdel Salam, auteur de Egypte, les débuts de la liberté : « On ne peut plus retourner en arrière ». Et la mobilisation sur internet redouble ce dimanche 30 octobre. Son mot d’ordre : #freealaa.

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