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Le chanteur Ibrahim Kachouch égorgé par l’armée d’Assad

2011/07/06

HAMA Ibrahim Kachouch 4/7/2011

حماه – الشهيد ابراهيم قاشوش

       حماة 4 7 2011 الشهيد ابرهيم قاشوش اللذي ذبح على يد الأمن و الشبيحة و رميت

جثته في العاصي عند باب النهر

Ibrahim Kachouch, who was singing and ridiculing the syrian dictator was brutally killed by the Assad police monday (04.07.2011). His song, courage and humour will live forever and when Syria will emerge after defeating the barbaric regime, this evening will be celebrated and Ibrahim will be smiling again

Syrie: à Hama, «les gens sont en colère, ils ne veulent pas abdiquer»

Recueilli par Elodie AUFFRAY pour Libération 6 juillet 2011

Les habitants de Hama dans la rue pour faire face aux policiers, le 5 juillet. (Capture d’écran d’une vidéo diffusée sur Youtube.)

Mohamed travaille dans un hôpital de Hama. Cette ville frondeuse du centre du pays a été le théâtre de grandes manifestations ces derniers jours. Le régime a lancé une opération militaire pour tenter d’en reprendre le contrôle. Hier, 22 personnes sont mortes et plus de 80 blessées.

Ce mercredi matin, le jeune père de famille a quitté la ville, pour emmener sa famille en lieu sûr.

«L’électricité est coupée et, surtout, l’eau est coupée. Les forces de sécurité ont aussi bloqué plusieurs magasins, alors que jusque-là ils continuaient à ouvrir normalement. J’emmène donc ma femme et mes trois enfants à Damas. Après, je retourne à Hama. Je dois reprendre le travail, il y a beaucoup de blessés à l’hôpital. Et si tout le monde part, les forces de sécurité tueront ceux qui restent et feront des destructions dans la ville.

«Il y a encore des affrontements entre les forces de sécurité et les habitants, alors quand je vais retourner à Hama, je vais m’approcher de la ville, et je me suis arrangé avec des amis pour qu’ils m’appellent, pour me confirmer que je peux entrer dans la ville en toute sécurité.

«Beaucoup de familles font comme moi, emmènent leur famille en dehors de la ville. Mais il reste encore beaucoup d’enfants.

Mort du «chanteur qui ridiculisait le dictateur»?

«Les gens sont en colère, ils ne veulent pas abdiquer. Ils veulent rester et se battre. Ils ne veulent pas qu’il leur arrive la même chose qu’à Jisr al-Choughour [où une vaste opération sécuritaire a entraîné l’exode massif d’habitants vers la Turquie, ndlr]. Ils sont descendus dans les rues pour barrer les routes aux forces de sécurité. Ils ont brûlé des pneus, ont mis des containers, etc. Ils se relaient pour surveiller. Régulièrement, il y a des affrontements avec les forces de l’ordre, hier en particulier.

«A Hama, les gens manifestent tous les soirs, après la fermeture des magasins à 22h, ainsi que chaque vendredi. Tout se passait dans le calme jusqu’à ce que, le vendredi 3 juin, les forces de sécurité ouvrent le feu sur des manifestants. Ce jour-là, dans notre hôpital, nous avons compté 35 morts. Après cela, les forces de sécurité se sont retirées. La pression populaire a augmenté: vendredi dernier, c’était énorme. Des centaines de milliers de personnes, parmi lesquels quelques femmes et enfants, se sont rassemblées pendant quelques heures. C’était un jour formidable. Les gens étaient très pacifiques, ils ont nettoyé après la manifestation, même les fleurs des parterres n’ont pas été abîmées. Les gens chantaient, criaient des slogans. Il y avait ce chanteur, très connu maintenant en Syrie et à Hama. Samedi, les forces de sécurité l’ont attrapé et ils l’ont tué.

-> Notre interlocuteur parle d’un homme appelé «Rahmani». Sur les réseaux sociaux, plusieurs sources fiables font état du décès d’Ibrahim Kachouch, «le chanteur d’Hama qui ridiculisait le dictateur», comme le twitte par exemple Ziad Majed, enseignant à l’université américaine de Paris et spécialiste du monde arabe. Les Comités locaux de coordination confirment le décès, mais ignorent s’il s’agit du «chanteur d’Hama».

Selon Ziad Majed, il a été «brutalement tué par la police d’Assad hier. Sa chanson, son courage et son humour vivront pour toujours», écrit-il sur sa page Facebook. Dans sa chronique sur Médiapart, il précise que Kachouch a été égorgé, ses cordes vocales arrachées.

Ibrahim Kachouch, qui a maintenant une page Facebook en son hommage, aurait chanté à plusieurs reprises devant les manifestants. Voici l’une de ses interventions, lors de la manifestation monstre, le 1er juillet.

(Mise à jour le 6 juillet, à 23h: Selon le réseau SNN, principal diffuseur de vidéos mais aussi d’infos sur internet, Ibrahim Kachouch ne serait pas le chanteur de Hama. Dans les commentaires, des internautes affirment qu’il était l’un des trois paroliers, mais jamais celui qui tenait le micro).

En voici une autre, nocturne, fin juin:

Principal message de ce chant: «Yallah, irhal Bachar», «Allez, dégage Bachar!».

Traduction de quelques bribes de chansons, en vrac:

«Bachar tu n’es pas des nôtres. Prends ton frère Maher [à la tête de la Garde républicaine et de la 4e division de l’armée, ndlr], et lâche-nous»

«Prends le parti Baas avec toi et prends la porte, il y a la liberté qui y frappe»

«Maher, idiot, agent des Américains, le peuple syrien tu ne le soumettras pas.»

«Bachar le sang des martyrs n’est pas bon marché, le feu que Dieu a allumé dans nos coeurs emportera le système et châtiera les criminels. Aller dégage Bachar.»

«Moi, je vais manifester, mais seulement le vendredi, car je ne travaille pas ce jour-là. Je n’appartiens à aucun mouvement, je suis un gars normal. Je veux juste que mon pays soit meilleur. Je veux que mon maire, mon gouvernement, me représentent, pas qu’ils soient désignés par n’importe qui.

«En 1982, la révolte ne concernait qu’un nombre limité de personnes*. C’étaient des islamistes, il n’y avait pas de gens normaux. Aujourd’hui, et c’est aussi dû à l’histoire de la ville, la majorité des gens à Hama sont contre le régime. Ils veulent une société civile, pas des militaires. Dans les manifestations, il y a des islamistes, mais aussi des communistes, des socialistes, et des gens normaux comme moi. Hama était une ville de gauche, socialiste, dans les années 1950.»

*Hama a été le théâtre d’un soulèvement conduit par les Frères musulmans, confrérie interdite en Syrie. Pour mater le mouvement, Hafez al-Assad assiégea la ville, la bombarda à l’arme lourde et mena une campagne de ratissage. 15 à 25.000 personnes ont été tuées.

Lire: «De père en fils, la terreur pour l’exemple»

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